Un soir

Un soir

 Iels parlent, iels parlent, comme pour tenter d’allumer le feu. Les mots deviennent des brindilles, puis des morceaux de bois ; amalgamés les uns avec les autres le feu prend bien. La flamme jaillit des ombres de leurs désirs enfouis. Ceux-ci commencent à apparaître de plus en plus, malgré la gêne de savoir par où commencer.

Les deux femmes se regardent profondément dans les yeux en se demandant si elles embrasent librement cette soirée remplie en liquides corporels et en liquides fermentés. Est-ce que ce trip sexuel, ce trip excitant et révoltant, aboutira ? L’homme avale une gorgée d’alcool en souhaitant avaler autre chose. Il réfléchit à ce qui sommeille en elles. Il se demande si elles montrent des signes d’intérêt ou de désintérêt. Il attend sagement qu’elles se lancent au-devant. Il ne faudrait pas mal interpréter.

 

C’est ce qu’elle se dit, elle.

Elle commence à sentir les friselis du vent de la passion s’éprendre de son corps, damné par le désir frigorifique. Elle frissonne. Elle désire tant… Elle a le goût. C’est le moment choisi pour faire le premier pas. Elle attire la deuxième femme contre sa poitrine volumineuse, en ressentant la stimulation des yeux, des bras, des mains, du récepteur principal de plaisir, de l’homme dans la pièce. Les douces lèvres de cette femme vont s’échouer contre celles de l’autre femme, comme le ressac de la mer baise fougueusement le bord de l’eau, mouillant d’excitation le sable chaud. L’homme est attiré vers ces deux merveilleuses compagnes de soirée qui lui tendent la main pour l’inviter à entrer dans la danse. Le rythme s’apprend vite, aussi vite que le va-et-vient qui fait s’entrechoquer leurs peaux humidifiées par l’air ambiant.

Iels s’embrassent et consument la soirée.
Iels se frottent avec calme, puis avec ardeur.
Les mains de l’un passent sur le corps de l’autre. Iels ne semblent former plus qu’un seul corps aux prises de vertigineuses passions.
Iels sont complètement magnétisés les un.e.s vers les autres.
La fin du monde est proche.
Elle s’échoue contre leurs cavernes et leurs excroissances.
La soirée se termine en liquides qui coulent sur les draps froissés, sur les peaux rougies.

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